Mise à pied disciplinaire vs conservatoire : différences, durée et droits du salarié
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Mise à pied disciplinaire vs conservatoire : différences, durée et droits du salarié

5 min de lecture

La mise à pied est l’une des mesures les plus mal comprises du droit du travail. Disciplinaire ou conservatoire, elle suspend le contrat de travail et prive le salarié de son salaire. Mais les deux formes n’ont ni la même nature juridique, ni les mêmes conséquences. Confondre l’une avec l’autre peut coûter cher — à l’employeur comme au salarié.

Tableau comparatif : les différences essentielles

CritèreMise à pied disciplinaireMise à pied conservatoire
NatureSanction définitiveMesure provisoire d’attente
ObjectifPunir une fauteÉcarter le salarié pendant l’enquête
DuréeFixée à l’avance (1-8 jours en général)Indéterminée (jusqu’à la décision)
SalaireNon versé pendant la duréeNon versé, mais rattrapé si pas de faute grave
Suite possibleRien (c’est la sanction)Licenciement pour faute grave/lourde
CumulNe peut pas être suivie d’un licenciement pour les mêmes faitsToujours suivie d’une procédure disciplinaire
Base légaleArticle L.1332-1 à L.1332-3Jurisprudence Cour de cassation

La mise à pied disciplinaire en détail

Définition et cadre légal

La mise à pied disciplinaire est une sanction qui suspend temporairement le contrat de travail. Le salarié ne travaille pas et ne perçoit aucun salaire pendant la durée de la mise à pied. Elle se situe entre l’avertissement (sanction légère) et le licenciement (sanction ultime) dans l’échelle des sanctions.

Durée maximale

La durée doit être proportionnée à la faute et prévue par le règlement intérieur de l’entreprise. En pratique, elle varie de 1 à 8 jours ouvrables. Au-delà de 8 jours, la jurisprudence considère souvent la sanction comme disproportionnée. Certains règlements intérieurs prévoient des durées plus longues (jusqu’à 15 jours dans certains secteurs).

Procédure obligatoire

L’employeur doit respecter la procédure disciplinaire (article L.1332-2) :

  1. Convocation à un entretien préalable (lettre RAR ou remise en main propre, 5 jours ouvrables de délai minimum)
  2. Entretien : le salarié peut se faire assister par un collègue ou un représentant du personnel
  3. Notification : la sanction est notifiée par écrit, au plus tôt 2 jours ouvrables et au plus tard 1 mois après l’entretien
  4. Motivation : la lettre doit préciser les faits reprochés et la durée exacte

Règle fondamentale : non bis in idem

Un même fait ne peut être sanctionné deux fois. Si l’employeur prononce une mise à pied disciplinaire, il ne peut pas ensuite licencier le salarié pour les mêmes faits. Cette règle est d’ordre public et strictement appliquée par les tribunaux.

La mise à pied conservatoire en détail

Définition et nature juridique

La mise à pied conservatoire n’est pas une sanction. C’est une mesure d’urgence qui écarte le salarié de l’entreprise le temps d’instruire les faits qui lui sont reprochés. Elle précède toujours une procédure disciplinaire (généralement un licenciement pour faute grave ou lourde).

Quand l’employeur peut-il y recourir

La mise à pied conservatoire se justifie lorsque la présence du salarié dans l’entreprise présente un risque : violence, vol, harcèlement, risque de destruction de preuves, danger pour la sécurité. Elle doit être prononcée immédiatement après la découverte des faits.

Durée et rémunération

La durée est indéterminée — elle dure le temps de la procédure disciplinaire. En pratique, elle ne devrait pas excéder quelques jours à quelques semaines. Le salaire n’est pas versé pendant cette période, mais :

  • Si un licenciement pour faute grave ou lourde est prononcé : le salaire n’est pas rattrapé
  • Si aucune sanction n’est prononcée, ou si la faute grave n’est pas retenue : le salaire doit être intégralement versé pour toute la période de mise à pied

Le piège de la requalification

Si l’employeur tarde à engager la procédure disciplinaire après la mise à pied conservatoire, celle-ci peut être requalifiée en mise à pied disciplinaire par les juges. Conséquence : l’employeur ne peut plus licencier pour les mêmes faits (non bis in idem). La jurisprudence exige que la convocation à l’entretien préalable soit envoyée dans un délai raisonnable (quelques jours) après la mise à pied conservatoire.

Les erreurs fréquentes

L’employeur qui met à pied « à titre disciplinaire et conservatoire »

Cette formulation est contradictoire et entraîne la nullité de la mesure. Il faut choisir : soit c’est disciplinaire (sanction), soit c’est conservatoire (mesure d’attente).

L’employeur qui fixe une durée à la mise à pied conservatoire

Une mise à pied conservatoire « de 5 jours » sera requalifiée en disciplinaire par les juges, car la fixation d’une durée est caractéristique d’une sanction, pas d’une mesure provisoire.

Le salarié qui refuse la mise à pied conservatoire

Le refus de quitter l’entreprise après notification d’une mise à pied conservatoire constitue une faute supplémentaire, potentiellement grave. Le salarié doit obtempérer et contester ensuite devant les prud’hommes.

Comment contester

Contester une mise à pied disciplinaire

Le salarié peut saisir le conseil de prud’hommes pour contester la proportionnalité de la sanction. Le juge peut annuler la mise à pied si elle est disproportionnée ou si la procédure n’a pas été respectée. Le salarié obtient alors le rappel de salaire correspondant.

Contester une mise à pied conservatoire non suivie de licenciement

Si l’employeur prononce une mise à pied conservatoire mais ne licencie pas ensuite pour faute grave, le salarié a droit au rappel de salaire pour toute la durée de la mise à pied, avec intérêts de retard.

Ce qu’il faut retenir

La mise à pied disciplinaire est une sanction définitive, de durée fixe, qui interdit toute autre sanction pour les mêmes faits. La mise à pied conservatoire est une mesure provisoire d’urgence, de durée indéterminée, qui précède un licenciement pour faute grave. Ne les confondez jamais — une erreur de qualification peut invalider toute la procédure disciplinaire.

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Thomas Vasseur

Écrit par

Thomas Vasseur

Ancien inspecteur du travail reconverti juriste conseil en droit social. Fort de 16 ans d'expérience dans les relations employeurs-salariés, je décrypte les procédures de licenciement, les indemnités légales et conventionnelles, et les recours devant le conseil de prud'hommes pour permettre aux salariés de faire valoir leurs droits.

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